Moments de clarté – Ramona Novicov

« Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas. » (Isaïe 7, 9)

Le moment où nous comprenons ce que l’on voit est le moment où tout est transfiguré autour de nous et l’on ne fait plus qu’un avec ce tout. L’exposition de deux jeunes prêtres, Ioan Gînscă et Iulian Nistea, est un carrousel d’images qui évoque cette recherche continue et irrépressible d’un sens plus profond, quelquefois essentiel, caché par des images du quotidien, sans importance, fuyantes, bribes du spectre visible. C’est une recherche continue et irrépressible, car elle est éclairée par la foi. Comme dans un portrait d’Arcimboldo, le livre du monde recueille des adnotations dans le registre mineur de l’existence, les deux photographes étant convaincus que l’humilité des petites choses mène à la compréhension du vrai sens qu’elles abritent. Cette exposition ne manquera pas de nous faire penser à ce passage des Corinthiens : « Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, de manière peu claire, mais alors nous verrons face à face; aujourd’hui je connais partiellement, mais alors je connaîtrai complètement, tout comme j’ai été connu. » Chaque image est un filtre, une approximation, un miroir, une hésitation, une joie, une surprise, une attente fébrile de ce « face à face » promis dans l’épître. Recomposées, unies, ces images suggèrent un double portrait des deux chercheurs de lumière, Ioan et Iulian.

Chaque image de l’exposition surprend ou attend le moment qui abrite le miracle de l’existence dans sa totalité, à l’image de la goutte d’eau qui recèle en elle tout l’océan. On est invités à ne pas considérer cette comparaison comme un truisme, car, si l’on peut regarder le monde à travers le filtre de son humble humanité, et en même temps, croire qu’il est la création merveilleuse de Dieu, alors nous pourrons le voir vraiment. Mais les moments de grâce du regard sont rares. Pourquoi donc ? Car nous sommes toujours en mouvement, abouliques, au rythme du monde. Si nous ralentissions le rythme de nos pas, de notre respiration, de nos désirs, de nos peurs, si nous nous arrêtions un instant, nous pourrions voir combien est précieuse la beauté de l’anonymat et combien on est bien assortis avec le tissu de cette beauté cachée.

Toutes ces images parlent de la compréhension par la foi, et chacune d’entre elles enregistre la surprise de ceux qui les regardent. Leur but n’est pas de toucher le regard, mais la connaissance par le regard, la compréhension par le regard, le ressenti et la révélation engendrés par le regard qu’on pose autour de nous, sur les gens, les oiseaux, les cathédrales ou les noyaux de cerises. Chaque moment est un miracle, et chaque moment pare ce miracle afin de le révéler à un regard constant et attentif. Au-delà de la pluralité, de la diversité, et de la séduction des filtres interposés, tout autour de nous parle de la joie d’être au monde et de communier avec son Créateur et de lui être reconnaissants, de la joie de notre existence fugitive, mais qui, une fois comprise dans sa cohérence et sa plénitude, nous amène au-delà, à la rencontre fulgurante entre notre face et la Sienne.

Ramona NOVICOV
critique d’art


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